Raout Presans 2016: la disruption dans tous ses états

Nous aimons tous célébrer nos traditions, même les innovateurs.

Le thème de la soirée du Raout 2016 de Presans était la disruption. Vous avez bien sûr entendu parler de la disruption. Vous avez même peut être lu un article à ce sujet sur ce blog. Impossible de louper ce terme. Mais il en va de même pour la réalité qu’il décrit. Cette dualité était assez familière au public du Raout. Tous ceux qui étaient présents sont des innovateurs industriels, dont de nombreux clients de Presans. Nous en  sommes très fiers.

Nous avons choisi ce thème parce que nous savions qu’il y avait une vraie profondeur derrière ce bruit de fond, derrière ce buzz, autour du mot disruption. Afin de découvrir cette profondeur, nous lui avons appliqué le traitement Presans. Nous avons élargi l’éventail des perspectives du problème abordé. Le point de vue industriel était certes essentiel mais les dimensions éducatives et politiques le sont tout autant. Nous avons donc fait venir trois véritables experts de ce sujet ayant une connaissance approfondie, fondée et expérimentée de ces questions. Chacun de ces experts a alimenté la discussion avec son style distinct et sa personnalité.
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La disruption dans l’éducation: les MOOCs restent des livres !

Tout d’abord, Frank Debouck, Directeur de l’École Centrale de Lyon. Cet entrepreneur de longue date et foisonnant a débuté sa carrière chez Air France et l’avion Concorde. Il a étudié dans l’école qu’il dirige maintenant. Son discours s’est centré sur les lignes de permanence qui sous-tendent l’enseignement supérieur, un domaine qui peut être exposé à des disruptions. Il nous a dit que, malgré l’adoption généralisée par les étudiants et les enseignants des technologies numériques, le cours le plus populaire est un cours de mathématiques, toujours enseigné craie en main par Grégory Vial. Il a aussi parlé des facteurs à l’origine de l’apprentissage: la nécessité des rêves et de l’enthousiasme, la capacité à faire face aux distractions. Il a ensuite abordé le contenu de l’apprentissage et a insisté sur le fait que les livres ne sont pas assez pour apprendre à devenir un ingénieur en dehors du développement de logiciels, et que, au fond, les MOOCs sont essentiellement des livres. Les compétences personnelles et la capacité à juger les situations s’apprennent de la même manière qu’auparavant. En même temps, il a souligné l’importance d’acquérir une solide compréhension des fondements scientifiques, et la noblesse de l’art de la vente – deux choses avec lesquelles Elon Musk serait sans doute d’accord.

Certaines questions restent difficiles à résoudre. Est-il possible d’apprendre aux élèves à trouver des idées comme le kit Swatch Black & White, ou de mettre à l’envers les imposants sapins de Noël dans les restaurants pour faire de la place pour les clients? Comment enseigner la créativité? Y a-t-il une alternative aux notes?

Enfin, Frank a exprimé son engagement dans l’élargissement de l’horizon international de ses étudiants, la préservation des normes du programme d’études secondaires en France, et l’apport d’un enseignement géopolitique et politique pour les ingénieurs.charles-gave-presans-raout-disruption

La disruption en politique : vers la disparition de l’Euro !

Vint ensuite Charles Gave, à propos duquel nous avons récemment écrit un article. Il a exprimé son accord avec Frank Debouck sur l’importance du chiffre d’affaires et du client, reliant cette mentalité à la distinction entre planification fondée sur la prévision et l’adaptation entrepreneuriale à un environnement incertain.

Selon lui, le domaine politique est mûr pour une disruption mondiale, car, depuis le début du capitalisme moderne, les institutions politiques obéissent à un cycle au bout duquel elles s’effondrent d’elles-mêmes. Ce cycle dure approximativement 3 générations (soit 70 ans). Et nous nous trouverions dans la phase d’implosion de ce cycle depuis 1990: en 2020, le monde sera probablement méconnaissable en comparaison à 1990. L’implosion serait actuellement en phase d’accélération. L’existence de taux d’intérêt négatifs suggère que les politiques sont basées sur une pensée magique. La fin de l’hégémonie américaine pourrait donner lieu à des changements géopolitiques inattendus sur le continent eurasien. Enfin, selon Charles Gave, le système monétaire défectueux fondé sur l’euro va se désintégrer. Pour éviter des bouleversements violents, il a suggéré six mesures politiques visant à rétablir la capacité du système à fonctionner et à relever les défis, parmi lesquels la transformation du système d’enseignement supérieur, sujet sur lequel il s’implique personnellement.vincent-champain-presans-raout-disruption

La disruption dans l’industrie : l’internet industriel éclipsera l’internet grand public !

Vincent Champain, Directeur général de GE Digital Foundry UE, a ensuite pris la parole. Nous avons écrit un article sur la stratégie numérique de GE, il y a quelques mois. Vincent Champain a ouvert son intervention en soulignant la vitesse à laquelle le monde est en train de changer, grâce à la technologie numérique. Ces changements ont un impact socio-politique mais ils affectent aussi l’industrie, un point que le disrupteur en série qu’est GE a bien saisi. La révolution de l’internet des objets (ou Internet of Things, IoT) est une révolution silencieuse, où les gagnants seront les acteurs maitrisant les défis de la vitesse, du volume et de la complexité des données qu’elle implique. En 2017, le nombre d’objets connectés dépassera le nombre d’êtres humains sur la planète. La taille du marché de l’Internet industriel a éclipsé celui de l’Internet grand public, et pourtant, le nombre de personnes capables d’exploiter les possibilités de l’IoT reste relativement faible. Dans l’industrie, l’objectif est de maximiser la performance de l’équipement, afin d’accroître l’efficacité des systèmes opérationnels, et d’optimiser les cycles de vie. Le faible coût des capteurs rend abordable la collecte d’une grande quantité de données concernant la performance des machines. Les optimisations qui en découlent produisent des petits gains de l’ordre de quelques pourcents,  mais ce sont ces gains qui feront ensuite toute la différence concurrentielle. Ces optimisations sont réparties selon une loi de puissance (ou de Pareto), avec une longue queue d’améliorations modestes. Les data scientists recherchent désormais l’aiguille dans la botte de foin de données, qui pourra ensuite être transformée en une application déployable sur le cloud. Vincent Champain a illustré ce point avec une application cloud de sa propre conception. Elle recueillait les mots-clés de l’auditoire (voir image ci-dessus). Le profil des data scientists combine excellence théorique et expérience industrielle. Les data scientists du Web ne passent généralement pas la barre dans ce domaine du fait de la complexité des machines concernées. Vincent Champain est en train d’embaucher 150 d’entre eux. Il considère que la Digital Foundry comme un élément d’un écosystème d’institutions partenaires plus large. En concluant, il nous a rappelé que les machines ne remplaceront jamais l’indispensable jugement humain.

Les Questions-Réponses ont (entre autres) concerné les voitures autonomes, le transhumanisme, la gestion des risques, et la différence entre la vitesse de la technologie ainsi que notre capacité à rêver de l’avenir!

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