(Français) Des plateformes et du sens : Jérémy Lamri

Sorry, this entry is only available in French. For the sake of viewer convenience, the content is shown below in the alternative language. You may click the link to switch the active language.

Article basé sur une entretien réalisé le 22 février 2017.

On pourrait traduire l’expression popularisée par Nassim Taleb “to have skin in the game” par “risquer sa peau”. Un rugbyman est quelqu’un qui risque sa peau. Les entrepreneurs tombent généralement aussi dans cette catégorie. Jérémy Lamri est de cette trempe. Ses héros? Napoléon et Tony Stark — des “mégalomanes visionnaires qui s’en fichent d’être impopulaires”, qui comprennent qu’il faut être prêt à “casser la gueule à tout le monde” pour faire la paix. Lamri adhère à l’idéal du roi-philosophe formulé par Platon. Un régulateur qui met les gens d’accord, dans un esprit de bienveillance et de fermeté.

Mark Zuckerberg a récemment publié un texte diversement reçu qui formule sa vision du rôle de sa célèbre entreprise. Que trouve-t-on à l’origine de Facebook? La recherche de statut social d’un nerd. C’est souvent un besoin vécu concrètement par un fondateur qui est à l’origine d’une startup. Et pourquoi pas? C’est une voie tout aussi légitime que celle qui consisterait à partir des besoins exprimés par le marché, ou d’une technologie dont l’application reste à déterminer. Elle dispense certainement d’effectuer des études de marché. À travers Monkey Tie, Jérémy Lamri a construit l’outil dont il avait besoin lors d’une recherche d’emploi, après être passé par le contrôle de performance industrielle et la finance. Il est convaincu de la nécessité de davantage prendre en compte la personnalité individuelle dans la gestion des ressources humaines.

Le marché ne fait d’abord pas bon accueil à son produit, un Meetic pour le recrutement. La startup s’adapte, propose autre chose : à partir des référentiels de métiers et de compétences, ainsi que des algorithmes développés en interne, elle élabore un outil de recrutement et un outil d’orientation de carrière. Croissance fulgurante après des premières années maigres. Monkey Tie vient de lancer cette année un outil de gestion du compte personnel d’activité (CPA), développé sur trois ans pour le compte de l’État, et touchant potentiellement 47 millions de Français (voir sa tribune dans Forbes à ce sujet).

Parallèlement à Monkey Tie, Lamri préside le Lab RH, think/do/share tank comprenant 400 startups, dont Presans, et auquel font appel 40 grandes entreprises. Doté d’un statut d’association, le Lab RH réalise un grand nombre de missions, dont :

  • le développement d’une API Open RH pour parvenir à brancher toutes les startups du domaine des RH sur un même système de données
  • du conseil aux grandes entreprises
  • un incubateur

Lamri juge la notion de “transformation digitale” inadéquate. Elle suggère à tort que la transformation tend vers un état fini, et que ce terme serait déterminé par la digitalisation. Or, tout suggère que nous n’allons pas vers un état fini, et que le digital n’est qu’un vecteur de la redéfinition des normes de productivité. Pour penser la notion de plateforme, il importerait de prendre en compte cinq facteurs : (1) Le besoin d’information (2) le besoin de connexion (3) la standardisation par la statistique et les algorithmes (4) l’élimination des tâches parasites (5) le besoin de sens, “l’existentialisme”.

La difficulté réside dans la réalisation de la difficile harmonie entre ces facteurs. En effet, ils peuvent empiéter les uns sur les autres. La standardisation affaiblit par exemple la sérendipité, source de connexion. Plus grave peut-être, l’élimination des tâches parasites, domaine de prédilection des GAFA, tend à remettre en question la notion même de travail.

L’erreur consiste à adapter le cinquième facteur au quatre autres, voire à l’ignorer complètement. Jérémy Lamri fait partie d’un cercle réunissant des esprits critiques à l’endroit du transhumanisme. La société devrait selon lui être au service de l’être humain, et non chercher à le dénaturer sous prétexte qu’il serait un facteur limitant. Cet agnostique croit en une rénovation des institutions sans dénaturation de l’humain, et défend le principe de la mutualisation des ressources au service de l’inclusion. Faute de quoi : bienvenue à Gattaca!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *